samedi 17 juin 2017

William S Burroughs

Chet Baker ?, Jean Genet, William Burroughs (chapeau gris), Allen Ginsberg 
William S Burroughs est ce parrain de la beat-génération qui ressemble à pervers pépère (le vieux avec le chapeau gris).

William S Burroughs, petit fils du fondateur de la Burroughs Corporation, nait en 1914.  Après des étude de médecine (Vienne)  puis de littérature (Harward) il rencontre Jack Kerouac,  Allen Ginsberg et leurs amis à New-York dans les années 40. C'est à cette époque qu' il s'accroche à la morphine et à l'héroïne. Il voyage ensuite, au Mexique ou il tue sa femme d'un coup de feu, en Amérique du sud à la recherche de l'ayahuasca,  à Tanger où il se défonce. Selon ses mots "[à Tanger] j’ai passé un mois dans une chambre de la Casbah en train de regarder la pointe de mes pieds [...] j’ai compris brusquement que je ne faisais rien. J’étais en train de mourir ». 
Dès lors sa vie sera une suite de cures de 'désintoxication' aux opiacés, d'abord par traitement  à l'aide d'apomorphine (années 50)  puis de méthadone (années 80). 
Il est l'auteur de nombreux romans (Junkie, Le Festin nu, etc), de peintures et créations visuelles. Ses thèmes favoris sont la drogue, l'homosexualité, l'anticipation, et les armes à feu.  
C'est aussi un activiste qui a lutté contre la censure et la civilisation militaro-industrielle et pour la libération homosexuelle et la dé-criminalisation des drogues.
Par sa recherche d'une nouvelle façon de penser, sa quête d'élargissement de la conscience, sa rage de l'expression  William S Burroughs est un héros de la subversion. 
Durant 40 années de carrière underground, il a consciencieusement assumé son personnage de pervers défoncé austère et cynique. Comme on le voit sur les innombrables photos où il pose en compagnies des vedettes des révolutions pop il a su être vieux (il avait déjà 54 ans en 1968) et imposer son look décalé toujours fiché du costume cravate éternellement décalé. 
Avec son incorrigible égocentrisme et son indéboulonnable conscience de classe, William S Burroughs a apporté de la subversion jusque dans dans la subversion.

Son discours sur la drogue était très lucide comme le montre ce qu'il disait dans 'Le Job' (1979), Belfond Editeur.
"L'opposition officielle aux drogues est ambiguë. Elle condamne les drogues comme un danger pour l'autorité, mais les drogues sont elles un réel danger pour l'état ? ,Un drogué est il dangereux ? Oisif, peut être mais l'état n'a pas besoin de travailleurs; au contraire. Le drogué est il un facteur d’émeutes ? Je crois que l'opposition officielle aux drogues est une feinte, que toute la politique du Département Américain des Narcotiques, ainsi que celle des pays qui la suivent, est expressément conçue pour répandre l'emploi de ladrogue et pour créer simultanément des lois inavisées contre son emploi.
Ainsi, la jeunesse est conduite délibérément dans des voies en cul de sac et à partir de ce moment, elle est déclarée criminelle par les lois du Congrès ou du Parlement. ce jeu d'échecs élémentaire met dans un camp de concentration de criminalité l'opposition potentielle, affaible par les effets de drogues meurtrières comme la méthédrine, bercée dans des états malsains d'amour et d'unité avec le tout et d'acceptation de n'importe quoi avec le LSD, prise dans l'engrenage de l'héroïne, laquelle étant illégale, accapare tout le temps de l'intoxiqué et le rend absolument inoffensif. En bref, les drogues sont pour l'état un excellent instrument de contrôle et il se battra avec acharnement contre la légalisation qui mettrait en évidence cet état de fait."

Explorateur des drogues voici comment il distingue les drogues qui élargissent la conscience des drogues sédatives  :

"Voici l'expérience que je propose : administrez une drogue élargissant la conscience en même temps qu'une série précise de stimuli - de la musique, des tableaux, des odeurs, des goûts.... 
Quelques jours plus tard, lorsque les effets de la drogue se sont totalement dissipés, exposez le sujet aux mêmes stimuli, dans le même ordre.
Toute personne qui a fait usage de drogue élargissant la conscience sait qu'un stimulus quelconque, expérimenté sous l'influence de la drogue, réactive cette expérience. Il y a tout lieu de croire que l'expérience de la drogue peut être répétée en détail avec la répétition précise des stimuli associés. 
Répétez la même expérience avec un morphinomane ; administrez une dose de morphine en même temps que les stimuli; attendez que les symptômes de désintoxication se produisent. Maintenant répétez les stimuli. Est-ce que le sujet ressent un soulagement quelconque des symptômes ? Au contraire, les stimuli associés réactivent et intensifient le besoin de drogue.  La même chose est bien sûr vraie pour l'alcool.  
L'emploi des drogues sédatives mène à une dépendance augmentée de la drogue utilisée. L'emploi des drogues élargissant la conscience pourrait montrer la voie des aspects utiles des expériences hallucinogènes sans l'emploi d'un agent chimique. Tout ce qui peut être fait par des moyens chimiques peut l'être autrement, avec une connaissance suffisante des mécanismes en question."  ['Le Job' (1979), Belfond Editeur p176 ]

Bien qu' homosexuel (et alors marié), voici un extrait ce qu'il dit à propos des homosexuels dans 'Junky', son premier roman initialement paru en 1953.

"Une salle pleine de pédés me fait horreur. Ils sautillent comme des marionnettes actionnées par des fils invisibles et leur agitation hideuse est la négation de toute activité vivante et spontanée. L'être humain en eux a plié bagages depuis longtemps. Mais le vide laissé a été comblé par autre chose quand l'occupant de départ est parti. Les pédés sont comme les marionnettes d'un ventriloque qui se serait substitué au ventriloque lui même. La marionnette s'installe dans un bar en compagnie d'autres marionnettes, fait durer son verre de bière toute la soirée, et de sa tête figée de poupée se déverse un flot de jacassements incontrôlés." (p165 Folio)
Ou plus loin, dans le même bouquin (Junky édition 1972) à propos des jeunes hipsters camés:
".../...je remarquai que les jeunes hips se détachaient, formant un groupe à part, à l'instar des pédés qui prenaient des poses et piaillaient dans un autre coin de la cour. Les camés faisaient groupe et bavardaient tout en se renvoyant l'un à l'autre le geste du camé, coudes collés au corps et avant-bras qui s'agitent, paumes en l'air - geste de différence et de communion, tel le poignet mou du pédé. " (p239 Folio)

Avec David Bowie

Avec Mick Jagger et Andy Warhol (bonjour l'ambiance ...)
Bien perché, avec Francis Bacon


William S Burroughs à l'oeuvre, devant deux de ses œuvres
A propos du style de Burroughs : https://narratologie.revues.org/1268

Burroughs par Iggy Pop
http://www.openculture.com/2015/02/william-s-burroughs-audio-documentary-narrated-by-iggy-pop.html?fbclid=IwAR0SNURTgkiEe0FgcD3w13hk0-2af-3BJiZdoM0tlc2XHDtbwdvlNdak7vA

samedi 27 mai 2017

Novlangue néolibérale

Banksy performance: Guantanamo in Disneyland
George Orwell, l'auteur de 1984, écrit :  "Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l'apparence de la solidité à ce qui n'est que du vent". 
Orwell est l'inventeur de la Novlangue ,(cf 1984), cette langue dont le vocabulaire est construit de manière à pouvoir exprimer les idées orthodoxes exclusivement, la réduction du vocabulaire ayant pour but de rendre impossible la formulation d'idées hérétiques. Orwel note que le procédé le plus emblématique de la novlangue est l'inversion de sens comme par exemple dans le slogan  "La liberté c'est l'esclavage". 

Alain Bihr dans son livre "La novlangue néolibérale", montre que le discours néolibéral procède à une même inversion et réussit à renverser le sens d'un mot en son contraire. Ainsi pour le terme "Egalité" :
"La revendication d'égalité est issue des révolutions démocratiques de l'Europe moderne et contemporaine; elle a été rapidement, souvent dans le cours même de ces révolutions, retournée contre les limites que la bourgeoisie et, plus largement, l'ensemble des classes possédantes, ont cherché à imposer à ces bouleversements révolutionnaires dont elles n'entendaient faire que le simple moyen de leur accession au pouvoir d'état ou de la consolidation de leur emprise sur ce pouvoir. Cette revendication possède donc une portée subversive, potentiellement dangereuse pour l'ordre social capitaliste. Cette menace qui perdure de nos jours se trouve conjurée dans et par le discours néolibéral à travers une double procédure. D'une part, l'égalité est réduite à la seule égalité juridique et civique, l'égalité formelle des individus face au droit, à la loi et à l'état, la seule forme d'égalité qu'exigent et que tolèrent à la fois les rapports capitalistes de production. 
Quant à l'égalité réelle, l'égalité des conditions sociales, elle est rejetée comme synonyme d'uniformité et d'inefficacité, voire comme attentatoire en définitive à la liberté individuelle. D'autre part, pour tenter d'atténuer les effets potentiellement dévastateurs de la contradiction entre l'égalité formelle et l'inégalité réelle, de l’abîme séparant quelquefois les deux, le discours néolibéral se rabat sur la douteuse notion d'"égalité des chances", qui ignore ou feint d'ignorer l'inégalité des chances entre les individus dans la lutte pour l'accession aux meilleures places pour la hiérarchie sociale, qui résulte de leurs situations socio-économiques et culturelles respectives dans la société. Au terme de cette double procédure, le mot égalité est devenu propre à désigner l'inégalité sociale et sa perpétuation (sa reproduction) à travers les luttes de places et de placements. Dans le discours néolibéral : "L'égalité c'est l'inégalité"

Pour le terme "Propriété"
Comme son ancêtre, la pensée libérale, le discours néolibéral défend bec et ongles la propriété privée, en assimilant sous cette forme juridique des rapports sociaux tout à fait hétérogènes : la propriété des moyens de consommation par des ménages; la propriété des biens et des moyens de production par les travailleurs indépendants; la propriété capitaliste des moyens sociaux de production qui résulte de l'exploitation du travail social.../...
L’intérêt idéologique de cette confusion, ses effets de légitimation de la propriété capitalistique sont du même coup manifestes. Là encore, cependant, dans la mesure où cette propriété est fondée sur l'expropriation de l'immense majorité des producteurs, ce bénéfice idéologique est obtenu moyennant une inversion de sens. Dans le discours néolibéral : "La propriété c'est l'expulsion

Le discours néolibéral vise à justifier et renforcer les politiques néolibérales en masquant leur caractère de classe en brouillant l'intelligence de leurs enjeux par les classes dominées. La novlangue néolibérale justifie les politiques qui, à coup de déréglementation des marchés et de libéralisation des échanges, cherchent à asseoir la domination universelle du capital, au détriment de l'humain et de l'environnement.

D'après Alain Bihr. La novlangue néolibérale. La rhétorique du fétichisme capitaliste. Syllepse 2017.

Voir aussi l'approche de Marcuse :

mercredi 17 mai 2017

LSA mystique

Argyreia nervosa. fleur et feuille.
L'Argyreia nervosa est une plante  «enthéogène», ce qui signifie qu'on est en présence d'une plante génératrice d'un
sentiment divin à l'intérieur de soi ou permettant d'entrer en contact avec le divin.

Curieux de ces choses, j'ai fait l'essai un dimanche, à minuit...
Avec 4 graines, couché dans le noir sans bouger à écouter du psybient au casque,  le résultat est impressionnant, très introspectif et plutôt couillu comme trip. Le LSA,  principe actif de l'Argyreia nervosa qui est une sorte de LSD, est comme un billet pour le voyage astral . J'étais là où pas, j'étais multiple. Je dirais presque qu'au cours des 6 heures de trip le voyage astral faisait mine d'excursion et j'ai vu des choses si belles qu'il vaut mieux ne pas mettre de mots dessus. Cela ne pourrait qu'être cause d'incompréhensions ou de moqueries.  

J'ai pu découvrir, mais surtout percevoir la dimension spirituelle de l'existence. J'ai aussi exploré un continuum entre les morts et les vivants. Les morts ne sont pas perdus. Ils ne sont plus, mais ils ont existé et ça c'est pour toujours. J'ai pensé: morts ou vivants ceux qu'on aime sont toujours là, c'était très rassurant. De passage chez les morts j'ai retrouvé un collègue disparu le mois dernier (emporté par une  SLA !) Il me parle, sourit, me dit de passer quand je veux. Il y avait aussi mes grands parents. Parmi les vivants je voyais clairement ceux qui m'aiment et qui comptent, des femmes surtout, mes fils.
J'ai ressenti l'Energie aussi distinctement qu'on entend chanter les oiseaux, évidente comme la chaleur du soleil. Quelque part à l'intérieur de moi, au dessous du nombril, il y avait la présence physique évidente d'une chose chaude, forte et vivante et qui bat. Le Hara ?
Sur mon corps ruisselaient des fluides subtils qui protègent, qui vibrent. Sans eux la matière devenait triste, froide, morne. Ces fluides, cette 'Energie' semblaient faits d'instants de vie que nous accrochons à la réalité du monde que nous traversons. Cette Energie nous anime, elle est indestructible. Elle est partout, mais elle est mouvante, on peut la perdre et devenir froid, inanimé, vide.
C'est ce qui m'est arrivé en pleine extase : sur le coup des 3h/4h du matin la musique s'arrête car mon téléphone surchauffe (lui aussi !). Débarqué en plein voyage astral je me retrouve dans mon lit avec un mal au bide carabiné, incapable d'avaler une gorgée d'eau, à la limite du malaise me demandant si j'allais passer la nuit ou si j'allais passer cette nuit...Bien que prêt à partir ce jour ou à y rester sans poser de question, la perspective de l'hospitalisation ou du trépas me paraissait inconvenante pour un dimanche matin en famille et ça me chiffonnait grave.
Après un malaise vagal (ou plus), un maalox et une pointe d'alprazolam j'ai pu reprendre le cours de mon trip, et retrouver, en voyant le jour poindre, cette différence, cette essence immatérielle qui change le vide en plein. C'était comme une poussière, une couleur iridescente comme la robe du calamar, une présence qui se pose sur les choses et les rend vivantes, et qu'il faut retenir. Cette vie c'est à nous de la cultiver, de la protéger. J'ai pensé "l'Energie existe, ne l'oublions pas, cultivons la". 

Ozias

Une thèse au sujet du LSA :
http://docnum.univ-lorraine.fr/public/SCDPHA_T_2004_SCHMUCK_PIERRE.pdf

PsychonautipsLe LSA ça n'est pas un trip récréatif  soigner le setting car gros risque de bad !!!  Avec  4 graines les effets se sont fait sentir après 30mn/1heure durée environ 6h. Je n'ai pas vu venir la montée. Ensuite, compter un jour de récup'. 
Les graines rendent malade (mal au ventre, nausées, malaises vagaux, suées, respiration difficile). Prévoir, Maalox, Vogalène, anxiolitique, certificat médical et directives anticipées à jour !
Cette nuit j'ai été calamar aussi. Je bats des nageoires, j'essaie mes tentacules...
Bonus : Continuum morts-vivants, quelque chose de ce goût là : https://www.youtube.com/watch?v=1-0UuvRui40

a propos de chamanisme http://www.inspir.be/?page_id=2792 

Livre des morts http://www.faena.com/aleph/articles/leonard-cohen-narrates-the-history-of-the-tibetan-book-of-the-dead/

jeudi 11 mai 2017

L'homme à l'étui

l'homme à l'étui à Taganrog
"L'homme à l'étui" est une nouvelle de Anton Tchekhov.  
Belikov, dit "L'Homme à l'étui » est un professeur de grec obsédé par la norme, cherchant à se protéger du monde extérieur coûte que coûte, avec l'ordre comme règle essentielle à sa vie et cherchant à l'imposer aux autres puisque c'est un professeur qui s'arroge le droit de savoir ce qui est bien ou mal.
Extrait : « … Sa pensée, Bélikov tâchait de l'abriter, elle aussi, dans un étui. Seuls étaient nets pour lui les circulaires et les articles de journaux où l'on interdisait quelque chose. Quand les circulaires défendaient aux élèves de sortir dans la rue après neuf heures du soir ou que quelque part on s'élevait contre l'amour physique, cela était clair, déterminé. « C'est défendu, il suffit ! »... » 
Belikov ne trouve ses repères que dans l'interdit.
C'est un psychorigide qui a peur de la vie. Ses collègues professeur ont peur de lui car ils redoutent qu'avec formalisme et acharnement  ils les cafarde auprès des supérieurs. C'est d'ailleurs ce dont Belikov menace son adversaire Kovalenko à l'issue d'une conversation échauffée avec ce dernier : "Je suis obligé de transmettre à Monsieur le Proviseur un aperçu de notre conversation... dans ses grandes lignes. Je suis contraint de le faire." Or, tout le monde sait qu'une fois saisi, le pouvoir doit s'exercer et émettre un jugement prudemment coercitif qui fera autorité et qui abondera dans le sens de la plus grande prudence et de la moindre audace.
La nouvelle de Tchekhov décrit un cas presque pathologique, mais elle dénonce aussi l'ennui de la vie de province et la tyrannie morale qui s'y exercent naturellement. 
Tchekhov décrit avec précision comment cet homme 'verdâtre et sombre comme un nuage'
parvient à faire autorité. Il montre aussi la façon dont un tel dispositif de contrôle, comme dirait Michel Foucault, se met en place de façon spontanée et pesante mais aussi fragile : Belikov meurt dans la honte suite à une chute sans gravité et un éclat de rire. Tchekhov  précise que : "Dans son cercueil il avait une expression douce, agréable, même gaie comme s'il fut content d'avoir enfin été mis dans un étui dont il ne sortirait jamais. Il avait atteint son idéal".
Mais dans l'homme à l'étui, Tchekhov nous interroge aussi sur ce qui peut donner un tel pouvoir à un homme si triste, et plus généralement sur la façon dont fonctionnent les dispositifs de contrôle des sociétés.


L'expression favorite de Bélikov est "pourvu qu'il n'arrive rien" ce qui me rappelle des mises en garde de mon père  pour les départs en voyage "faites bien attention qu'il ne vous arrive rien".
Mais finalement, en y réfléchissant un peu, en regardant une page de pub à la télé, on peut comprendre que ce "pourvu qu'il n'arrive rien" est le moto de n importe quel système. 
Ainsi, "En marche pour que rien ne change" me semble le slogan inconscient des électeurs Macron. En effet, pourquoi un cadre qui vit confortablement sur ses compétences et son réseau voudrait il que le monde change  ? Comment un retraité souhaiterait il un gouvernement qui dégrade la solvabilité de sa pension ?
Spontanément tout est fait pour que rien ne change. "Personne n'ose provoquer l'avenir. Il faudrait être fou pour provoquer l'avenir". De plus les dispositifs de contrôle influencent la probabilité des choix de ce qui est préférable.

Et en d'autres termes, pourquoi changer quand on peut continuer ?
Dans la réalité, *"Il est faux de prétendre qu'il est dans l’intérêt des individus de refuser ou de renverser les dispositifs de contrôle..../... Il n'est pas dans l'intérêt d'un salarié de renverser le système de production actuel. Il est même possible que nous soyons dans une société où résistance et refus n'ait aucun intérêt.../...
"Il n'y a ni intérêt ni nécessité dans la résistance. [pourtant] On ne peut que constater l'existence d'êtres qui n'agissent pas selon leur intérêt, contrariant ainsi les dispositifs de contrôle. Plus radicalement encore, Nietzsche, considère que seules les forces réactives évaluent une chose selon son utilité ou une action selon son intérêt. Pour Nietzsche 'Une morale d'esclave est essentiellement une morale de l'utilité'
.../... . 
Il est par contre possible de sentir une sympathie ou une convenance, une tristesse ou une allergie, avec ce qui recouvre notre combinaison propre."
C'est bien une expérience intime, une blessure intérieure, une transgression comme l'homosexualité de Michel Foucault ou le sentiment d'injustice qui seuls nous poussent à la lutte et à l'émancipation sans prendre en considération notre intérêt matériel immédiat. 

En dépit du ton narratif de sa nouvelle, Tchekhov nous fait réfléchir sur notre propre folie à travers le regard des autres : Pourquoi les gens sont insensibles ? À quoi mène le rejet de sa propre responsabilité ?
Alors, « Si vous ne craignez pas de vous piquer aux orties, prenez le petit sentier qui conduit à l’annexe et nous jetterons un coup d’œil à l’intérieur. » 

Lire L'homme à l'étui https://beq.ebooksgratuits.com/classiques/Tchekhov_Lhomme_a_letui.pdf

Ecouter l'homme à l'étui sur France Culture : 
https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-theatre-et-cie/anton-tchekhov-et-maxime-gorki

*Olivier Razac: 'Avec Foucault Après Foucault'. p116-118. Editions de L'Harmattan
http://www.etudes-tchekhoviennes.com/mariemorisseau_hommealetui.pdf

samedi 29 avril 2017

Entre les deux tours

Nous sommes actuellement entre les deux tours, sur la corde raide.

Pensée pour le 7 août 1974 à New York, ce jour où Philippe Petit accomplit un rêve de sa vie : tendre un fil et traverser entre les deux tours du World Trade Center en toute illégalité. Les tours ne  sont pas encore achevées. Lui et son équipe se font passer pour des travailleurs afin d'installer le filin entre les deux toits. A 7h du matin Philippe Petit traverse, re-retraverse s'agenouille s'allonge sur son câble avant d'être arrêté par les autorités new-yorkaises à 7h45.
"La provocation fait partie du geste poétique. C’est mon côté rebelle et mon impatience de gosse qui me poussent, mais sans agressivité."

Depuis les tours sont tombées l'immense Philippe Petit est oublié mais il nous reste un reportage, un film, des images qui montrent ce qu'il a fait et son rêve nous fait toujours rêver.

Entre deux tours ou pas, nos rêves n'ont pas de second tour
7 août 1974, Philippe Petit à pied d'oeuvre au sommet du WTC




« Pour moi, ça paraît tellement simple que la vie doit être vécue sur le fil. D'entretenir sa rébellion, de refuser de se conformer aux règles, de refuser son propre succès, de refuser de se répéter, de voir chaque jour, chaque année, chaque idée comme un réel défi. Ainsi, nous vivrons notre vie sur la corde raide. » Philippe Petit

11 septembre 2001 :  dernière image avant la fin

jeudi 13 avril 2017

je m'isole

Je sors ce soir (MD). 
D'abord je me demande un peu pourquoi, puis j'ai chaud dans les mains, et ensuite tout mon corps transpire. Puis autour de moi tout se dilate, les sons deviennent lointains et je fonds. Ne pas bouger dans la chute, attendre un peu. 
Alors tout se remet en place et je sens la musique dans les pieds et jusque au bout des doigts. Et je danse. Je danse et alors sort de moi un autre que je suis. La danse est une évidence. C'est bon de sentir que je ne suis pas vide. Plein phares, je cherche d'autres avec qui me connecter.  
Je danse jusqu'à avoir des crampes dans les pieds, jusqu'à n'avoir plus rien à dire. 
Au matin je rentre seul. Il me faut deux jours pour récupérer.

Le sur-lendemain :
-Salut, tu es allé au concert de JiPé samedi  soir ? 
-Non, j'étais à la nuit de la rave
-Ah oui, ma fille y est allée aussi. Le lendemain elle avait l'air fatiguée. Je me demande bien ce qu'elle peut faire là bas.
- ...[courbatures dans la mâchoire]

Dans ma chambre (DXM).
C'est le week-end. Je me couche au milieu de la nuit, tranquille, immobile et bien dissocié.  J'ai mis le casque sur les oreilles. Au programme des mix techno et surtout dark-house, dark-dubstep.
Les rêves arrivent. Tiens, cette fois je viens de mourir et ça me réveille. Dans la chambre je flotte, et je ne retrouve plus mon corps. Heureusement, "Dont be afraid, we are protected" dit la musique. Une autre fois je parle couramment une langue que je ne comprends pas. Et voilà que maintenant je ne sais même plus écrire la lettre E, comment écrire TigrE ?  
Une autre nuit je suis l'aiguille sur mon corps disque microsillon qui tourne comme une vie. Avec le matin ces délires prennent fin et il est l'heure de déjeuner.

(1p-LSD).
Gobé un peu moins d'un buvard. D'abord physiquement agréable, puis sensation de 'speed' au niveau du ventre, comme une tension. Mon 'cerveau d'en bas' ne semble pas apprécier le produit. Pas d'hallucination sonore, visuellement rien de bien spectaculaire non plus à part les pierres du mur d'en face qui se couvrent d'une sorte de mousse brillante. Comme je suis parcouru de tensions nerveuses dans l'abdomen et que mon corps a du mal à réguler les impressions de chaud et de froid (effet classique des psychédéliques), sans me poser de question je laisse le ventre et le cœur gérer mon métabolisme tandis que je focalise mon attention sur ce qui se passe dans ma tête. Cette dissociation, facile avec les psychédéliques, me donne à croire que le corps et l'esprit sont deux entités distinctes. Physiquement, je ressens mon corps posé comme un tas dans le lit  tandis que mon esprit rejoint un espace grand comme un ciel fait de formes colorées qui rappellent les photos des galaxies. L'ectoplasme de mon esprit s'y dissout et je m'y disperse. De nouvelles pensées, discordantes et qui ne semblent pas les miennes prennent alors place entre mes oreilles. Étrange sentiment de m'être perdu, dissout dans l'éther. Je laisse faire...  
J'ai trouvé ce trip dissociatif, avec un passage intéressant mais suivi d'une descente trop longue et fatigante malgré l'aide de l'alprazolam.


Ces expériences sont une cause d'isolement autant que la conséquence de me sentir trop souvent sans réponse, sans retour ou sans un signe. Seul aussi d'être en constant décalage par mes goûts ou mon âge. Ce que je fais ne compte pas, ce que j'écris met mal à l'aise et je reste sans retour, ni personne pour échanger. Trop de mails sans réponse, d'invitations qui tombent à plat, d'images sans commentaires de la part de ceux qui me côtoient. Le sentiment d'incompréhension et le silence conduisent à l'isolement. 

J'ai pensé en anglais que "from pyschonaut to psychopath there is a path" et je pense qu'en français on pourrait traduire ça par "la came-isole". Pourtant mes cheveux poussent et je ne sais pas toujours pas avec qui partager ma situation, alors  je continue doucement, et je ne bois pas, et je ne fume pas.


Merci pour votre lecture, vos mots



"L'intoxiqué s'épanouit jalousement dans un monde qui n'a plus de sens que pour lui et réduit à leur strict minimum les communications extérieures. Il va à l'essentiel; il est souvent à se taire. Les autres se détournent de lui sans qu'il souffre de solitude. Isolé sur les cimes, ce qu'il aperçoit dans la vallée de larmes en contrebas, ne lui laisse au coeur aucun regret. La scission a eu lieu 

dimanche 2 avril 2017

La société de contrôle

"La société de contrôle moderne se distingue de la société disciplinaire  selon quatre points.
Premièrement, c'est moins le corps qui est mis en jeu que l’affect. Il s'agit moins de produire des habitudes corporelles par le jeu de la peine et du plaisir que de susciter des besoins et des envies. Le contrôle des représentations grâce aux outils de communication, ceux du spectacle en particulier permet de susciter et de proposer des formes utiles de jouissance.
Deuxièmement, l'énergie utilisée pour assurer le contrôle émane de l'individu contrôlé plus que de l'institution. Les dispositifs de contrôle ne produisent pas l'énergie de leur propre fonctionnement. Ils émettent des informations, dont le coût énergétique est très faible, pour guider les dépenses d'énergie de leurs composants. ' L'alternative n'est pas de se soumettre ou de se révolter, mais de rassembler son potentiel personnel au service de la tâche à accomplir, ou d'être marginalisé'. .../...
Troisièmement, les règles du contrôle sont intériorisées et revendiquées. Les contraintes sociales sont moins vécues comme émanant d'institutions dogmatiques, fixes et situables qu'appréhendées comme les données inévitables du monde. Obéir, ce n'est plus s'assujettir à une norme centrale, c'est jouer un rôle parmi les multiples individualités compatibles avec les dispositifs.
Et quatrièmement, les objectifs d'un dispositif de contrôle tendent à être les mêmes que ceux de ses membres.
Contrairement à la discipline, le pouvoir de contrôle fonctionne plus au plaisir qu'à la peine. Il propose survie, confort et petites jouissances contre une docilité d'autant plus facile qu'elle peut prendre un très grand nombre d'aspects. Dans le mesure où toutes les formes d'existence tendent à dépendre directement des dispositifs de contrôle, il suffit de vouloir survivre pour être un collaborateur de la société de contrôle.

La société de contrôle évite la violence directe et réserve les dispositifs disciplinaires  aux mauvais éléments qu'elle marginalise. Elle continue pourtant à exercer une véritable violence sur ses bords (marginaux, migrants, quartiers) ou lorsqu'il se produit de l'imprévu au centre (manifestations contre la loi travail) , mais pour la masse, cette violence n'est qu'un  risque potentiel. 
Dans la société de contrôle la violence est surtout virtuelle.../...
La violence postmoderne s'exerce avant tout sur des virtualités, sur des comportements possibles dont elle limite l'apparition par découragement ou incitation."

Olivier Razac
Disséquer la société de contrôle. p112.
L'Harmattan 2008